La maison natale de Lamartine...
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Ce n'est qu'en gravissant cette montagne et en se retournant qu'on voit en bas cette

maison basse, mais massive, qui surgit, comme une grosse borne de pierre noirâtre, à

l'extrémité d'un étroit jardin. Elle est carrée; elle n'a qu'un étage et trois larges fenêtres sur

chaque face. Les murs n'en sont pas crépis; la pluie et la mousse ont donné aux pierres la

teinte sombre et séculaire des vieux cloîtres d'abbaye. Du côté de la cour, on entre dans la

maison par une haute porte en bois sculpté. Cette porte est assise sur un large perron de

cinq marches en pierre de taille. Mais les pierres, quoique de dimensions colossales, ont

été tellement écornées, usées, morcelées par le temps et par les fardeaux qu'on y dépose

qu'elles sont entièrement disjointes, qu'elles vacillent en murmurant sourdement sous les

pas et que les petites grenouilles d'été, à la voix si douce et si mélancolique, y chantent le

soir comme dans un marais... Voilà le nid qui nous abrita tant d'années de la pluie, du

froid, de la faim, du souffle du monde; le nid où la mort est venue prendre tour à tour le

père et la mère, et dont les enfants se sont successivement envolés, ceux-ci pour un

lieu, ceux-là pour un autre, quelques-uns pour l'éternité !...

                                                               Lamartine – « Les Confidences » 
                                                                       Merci à Hervé Blas pour ce magnifique texte

                                                                                     Vers les reproductions - - ->>>