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Le Lièvre et la Tortue
Rien ne sert de courir ; il faut partir
à point.
Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage.
Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point
Sitôt que moi ce but. - Sitôt ? Êtes-vous
sage ?
Repartit l'animal léger.
Ma commère, il vous faut purger
Avec quatre grains d'ellébore.
- Sage ou non, je parie
encore.
Ainsi fut fait : et de tous deux
On mit près du but les enjeux
:
Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire,
Ni de quel juge l'on convint.
Notre Lièvre n'avait que quatre pas à faire
;
J'entends de ceux qu'il fait lorsque prêt d'être
atteint
Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux
Calendes,
Et leur fait arpenter
les
landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
Pour dormir, et pour écouter
D'où vient le vent, il laisse la Tortue
Aller son train de
Sénateur.
Elle part, elle s'évertue
;
Elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise
une telle victoire,
Tient la gageure
à peu de gloire,
Croit qu'il y va de son honneur
De partir tard. Il broute, il se repose,
Il s'amuse à toute autre chose
Qu'à la gageure. A la fin quand il vit
Que l'autre touchait presque au bout de la
carrière,
Il partit comme un trait ; mais les élans qu'il
fit
Furent
vains : la Tortue arriva la
première.
Eh bien ! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?
De quoi vous sert votre vitesse ?
Moi, l'emporter ! et que serait-ce
Si vous portiez une maison?
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Tortue
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Lièvre
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Myriam et Gabrielle
(1998-1999)
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