L'évolution du syndicalisme au Québec:1870 à 2000

Que fait l’Église?

La position de l’Église va de pair avec celle de Duplessis, mais pour le cas de certaines grèves, comme celle d’Asbestos, des membres du clergé prennent position pour les grévistes. Ce conflit a été marqué par des cas de brutalité policière et de briseurs de grève.


Grévistes d'Asbestos
Archives nationales du Québec

De son côté, l’archevêque de Montréal, monseigneur Joseph Charbonneau, affirme :
« La classe ouvrière est victime d’une conspiration qui veut son écrasement et quand il y a conspiration pour écraser la classe ouvrière, c’est le devoir de l’Église d’intervenir ».
Nouvelle Histoire du Québec et du Canada, page 353.


Mgr Charbonneau paiera chèrement son implication dans le conflit. Duplessis a beaucoup d’emprise sur le clergé et Mgr Charbonneau sera transféré en Colombie- Britannique.

M. le curé Camirand d’Asbestos déclare :
« Et si j’étais mineur je serais moi-même en grève et, dans les circonstances, j’aurais la conscience parfaitement tranquille ».
(Le Devoir, 23 mars 1949.)

Rencontre de bienséance entre Maurice Duplessis et Mgr Joseph Charbonneau , en 1946,symbolise les bonnes relations entre l'Église et l'État au Québec. Mais en 1949, Mgr Charbonneau embrasse la cause des grévistes d'Asbestos contre leurs patrons américains, tandis que Duplessis entreprend d'effrayer les chefs du clergé pour les soumettre à sa volonté.

Source : Les collections numérisées du Canada (www.collections.ic.qc.ca)

 

Étape 4: 1960 à 1980, ÉPOQUE DE LA RÉVOLUTION TRANQUILLE

Les luttes ouvrières

Les grèves importantes au Québec
Années Lieux Durée Efectifs Bilan
1946 Textile à Valleyfield et Montréal 100 jours 6 000

Reconnaissance syndicale
Convention collective
Semaine de 40 heures
Hausse salariale
Formule Rand

1947 Textile à Lachute 5 mois 700

Hausse salariale
Perte de la reconnaissance syndicale

1949 Mines d'amiante d'Asbestos et Thetford Mines 11 mois 5 000 Reconnaissance syndicale
Hausse salariale
Réengagement des ouvriers licenciés
1952 Magasin à rayons Dupuis&frères de Montréal 13 semaines 1 000 Semaine de 40 heures
Hausse salariale
Formule Rand
1957 Mines de Murdochville 7 mois 965 Réengagement de 200 grévistes
1958 Journalistes de Montréal 13 jours   Congé sans solde accordé au chef syndical
Réorganisation de la rédaction
1959 Réalisateurs de Montréal 69 jours 75 Reconnaissance du syndicat des réalisateurs

source: Je me souviens, Éditions Erpi, 1995, p.430


Madeleine Parent
Archives nationales du Canada

Les grèves, quel combat!

 

Étape 3 : 1945 à 1960, L’APRÈS-GUERRE / L’ÉPOQUE DUPLESSIS


En 1941, un travailleur sur cinq est syndiqué; en 1956, c’est un travailleur sur trois.

Le syndicalisme prend de l’ampleur, mais le gouvernement de Duplessis se range toujours du côté des entreprises privées (les patrons) contre les travailleurs. Pour lui, les activités syndicales sont des activités communistes.

Dans le contexte de la guerre froide, la doctrine communisme et la présence de la Russie ( l’URSS) gagnent du terrain partout dans le monde. Ici, le clergé et la plupart des Québécois ont peur de perdre leurs églises, leur foi et leur langue. C’est pourquoi, il est facile pour Duplessis d’utiliser la peur pour faire voter des lois visant à bloquer les activités des syndicats. En voici la liste :

 

DES LOIS ANTISYNDICALES

· 1937, la Loi du cadenas permet de cadenasser tout établissement soupçonner d’abriter des activités communistes.
· 1946, la loi interdit le droit à l’arbitrage pour les institutrices en milieu rural.
· 1949, la loi limite le droit aux fonctionnaires des municipalités rurales de se syndiquer.
· 1954, la loi interdit le droit de grève dans les services publics
. 1954, la loi prévoit la perte *d’accréditation syndicale pour tout syndicat dont un dirigeant est soupçonné d’être affilié au mouvement communiste ou qui favorise une grève dans les services publics.

* L’accréditation syndicale s’obtient lorsque la majorité des travailleurs dans une entreprise, c’est-à-dire 50% des employés, en fait la demande auprès du ministère de Travail.

« La Stabilité du Québec donne confiance aux industriels. Les grèves sont plutôt rares. Les chefs d’entreprise sont assurés de trouver chez nous une population respectueuse des lois et du bon ordre. »

Duplessis, 1955

Avec cette affirmation, Duplessis veut s’assurer de la continuité des investissements américains, entre autre sur la Côte Nord.(Par exemple, l’Iron Ore Company avec les mines de fer à Shefferville en 1954.)



Maurice Duplessis
Archives nationales du Québec

Le développement économique de la Côte-Nord vers 1960


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Que fait le gouvernement?
Le Premier ministre Duplessis fait intervenir à maintes reprises la police provinciale du Québec pour mater les grévistes.
Archives nationales du Canada

Le syndicalisme se fait plus revendicateur avec des dirigeants comme Gérard Picard, Jean Marchand, Madeleine Parent. Pour eux, la grève est un recours ultime, mais légitime pour faire pression sur les
« grosses compagnies ».


Jean Marchand
Archives nationales du Canada
Étape 2:1900 à 1930, DEUXIÈME PHASE D’INDUSTRIALISATION
Ce conflit dépasse le cadre syndical. Le journal Le Devoir, l’abbé Lionel Groulx, Mgr. Charbonneau et l'avocat Pierre Elliot Trudeau*, appuient les revendications des travailleurs.


En somme durant les années quarante et cinquante, il est à constater que la durée des grèves est longue et les affrontements sont parfois très durs. La Loi du Cadenas est utilisée pour harceler les chefs syndicaux et perquisitionner leurs locaux. Aussi, la police est souvent appelée pour protéger les briseurs de grève et les usines. Mais le syndicalisme a fait un pas en avant avec la reconnaissance syndicale et l’application de la formule Rand**.

**Formule Rand
Clause de sécurité syndicale dans une convention collective qui indique que l’employeur accepte de déduire un montant égal aux cotisations syndicales, et qu’il remet au syndicat, pour toutes les personnes membres de l’unité de négociation, qu’elles soient membres du syndicat ou non, et ce pour la durée de la convention collective.
source : Terminologie syndicale (Syndicat canadien de la fonction publique)


*La revue Cité Libre, publication laïque et anticléricale, fondée par Gérard Pelletier et Pierre Elliott Trudeau , est rapidement devenu un des principaux foyers d'opposition au gouvernement unioniste de Maurice Duplessis. Elle a été publiée de 1950 à 1960.
source: Bilan du siècle